Alors que qu’un rapport du Haut Conseil à l’Egalité sur la parité dans l’encadrement sportif a montré qu’il y a plus d’hommes dirigeants et encadrants que de femmes, à l’occasion de la journée internationale du sport féminin, nous sommes allés à la rencontre de Stéphanie Saint-Martin, encadrante au Club de Natation de Cambo.
Interview de Stéphanie SAINT-MARTIN
Dans un premier temps, peux-tu te présenter ?
Alors, moi, c’est Stéphanie. J’ai bientôt 42 ans. Et j’ai trois enfants.
Je suis chef de bassin à la piscine de Cambo-les-Bains. J’ai été embauchée en 2004, par la Commune de Cambo. Et après par la suite, l’Agglo a repris cette compétence depuis 2017. J’étais sur un poste saisonnier à la piscine de Cambo, poste qui est passé à l’année depuis janvier 2025. Du coup, je suis six mois sur le bassin et six mois dans les bureaux de l’Agglo.
Ensuite, en parallèle, je suis aussi entraîneur au sein du Cambo Natation Club depuis 2004. J’ai un contrat 35heures à l’agglo et j’ai des heures en plus avec le club. L’hiver, nous allons sur Ustaritz nous entraîner, le mardi et le samedi. J’entraine toutes les catégories, de l’âge de 6 ans aux adultes, elles sont mixtes, filles et garçons mélangés. Nous prenons les enfants dès qu’ils maitrisent les nages codifiées (papillon, dos, brasse et crawl).
Avant d’être à Cambo, j’étais entraîneur à l’Aviron Bayonnais l’hiver, et je faisais les étés à Cambo. Après, c’est devenu incompatible parce que les saisons ici se sont rallongées. Je ne pouvais pas enchaîner deux CDD. Parce qu’il y en avait un de 10 mois, et l’autre de 6. Ça ne passait plus. Depuis 2025, L’Agglo a proposé 4 nouveaux postes. J’ai eu celui de Cambo Souraïde : je suis sur les deux piscines.
Concernant ton parcours, quand et pourquoi as-tu commencé à entraîner ?
Je suis issue d’une famille de nageurs : mes grands-parents étaient déjà chefs de bassin à Bayonne, ils m’ont mise à l’eau de suite. Je suis née au bord de l’eau. J’ai commencé la natation vraiment par passion. J’ai intégré le club, j’avais 7 ans. Je pense que dès 10 ans, je savais que j’allais être sur le bord d’un bassin plus tard, une évidence. Je n’ai jamais songé à faire autre chose que ce métier.
J’ai passé mon BNSSA et j’ai fait trois ans sur les plages. Le BNSSA ne permet pas d’enseigner, seulement de surveiller piscines et plages. Pour enseigner, il faut un brevet professionnel, que j’ai passé après le bac, à 18 ans. La formation était au CREPS de Bordeaux à l’époque.
La première année, j’ai postulé ici, mais il n’y avait pas de place disponible, les postes étaient pris. Et l’année suivante, en 2004, j’ai été retenue. J’ai eu la chance d’être vite embauchée. Et d’avoir ce complément, c’est-à-dire la saison d’été ici au départ et la saison d’hiver à Bayonne. Les deux premières années, il n’y avait pas ce problème d’être saisonnier, de rien avoir l’hiver.
Comment se passait la sélection pour la formation ?
A l’époque, je crois qu’il n’y avait que 20 ou 24 places. Il y avait un entretien oral, un écrit et des épreuves physiques. Il n’y avait que sur Bordeaux, pour toute la région : ça limitait le nombre de places. Maintenant, ça a ouvert un peu partout : il y a même à Biarritz. Aujourd’hui, c’est plus le coût de la formation qui est gênant il me semble.
Niveau mixité au sein de la formation ?
Peut-être un peu plus d’hommes, mais pas de beaucoup. Par contre, sur les plages, j’étais la seule fille. De toute façon, à l’époque, je crois que je suis la deuxième ou troisième femme à avoir été retenue sur les plages. Je parle de ça il y a 25 ans… il n’y avait que des hommes. Ça a beaucoup évolué : quand je vais à la plage, j’ai l’impression qu’il y a une femme dans chaque poste. À l’époque, pas du tout !
Que ce soit dans ta formation ou dans ta déjà riche carrière d’encadrante, as-tu été confrontée à des difficultés ?
Honnêtement pas du tout. Par contre, il y a plus d’hommes entraîneurs que de femmes dans le département. L’hiver, quand j’étais entraîneur à Bayonne, on était 2 femmes sur une dizaine d’entraineurs ; l’été aussi, il y a quand même plus d’hommes. Mais justement, je trouve qu’être une femme a été un avantage, une force, avec les adolescents : ça passe toujours bien que ce soit avec les jeunes filles ou les garçons. Avec mes collègues aussi, parce que finalement, je travaille avec des hommes chefs de bassin. Sur les 4 postes qui ont été ouverts, je suis la seule femme. Je trouve quand même que la tendance change : de plus en plus de femmes arrivent.
A Bayonne, lors de l’embauche, quand ils m’avaient appelée, j’avais eu un entretien, et ils m’avaient dit qu’ils voulaient une femme. Pour cette parité, que c’était important pour les ados. Nous sommes beaucoup confrontés aux premières règles, et dans l’eau, cela peut poser problème. Je pense que ça se fait beaucoup : quand je regarde les clubs, souvent c’est deux hommes, une femme. Nous ne sommes pas là que pour les bobos et les problèmes de règles. Les hommes ne sont encore pas bien formés, mais ils n’ont pas envie de parler de ça avec les jeunes filles, alors que ça ferait partie de leur rôle d’encadrant.
Et souvent, on pense que, même par rapport au charisme, au respect qu’on peut avoir… Je ne suis pas du tout d’accord ! De mon côté, ça s’est toujours très bien passé, au contraire. Il faut dire que j’ai eu des gamins cool ! Je n’ai jamais eu de problème à me faire respecter, même à 20 ans, quand je suis arrivée. Je me suis toujours imposée et sans être pourtant très dure…
Aujourd’hui, tu gères l’entraînement des jeunes et des moins jeunes, et les accompagnes en compétition. Ressens-tu une pression en tant qu’encadrante ou pas ?
Pas du tout. Ça fait plus de 20 ans sur le terrain maintenant. Et puis on a des jeunes super sympas ici. Dans les résultats non plus, je ne ressens pas de pression.
Certains jeunes, suivant les profils, ressentent la pression et l’expriment plus ou moins. Je les aide à la surmonter grâce à l’échange. Pas le jour J, mais en amont de la compétition surtout. On les prépare, que ça soit psychologiquement ou physiquement. Ils sont entraînés, on leur répète ce qu’ils vont faire le jour J. Ils l’ont déjà fait, il faut juste le refaire.
9 jeunes sur 10 pleurent à la première compétition. Comme dans chaque élément nouveau finalement : première fois, on appréhende, on pleure. La fois d’après, c’est hors de question que les parents partent en week-end le jour de la compet. Ils veulent être là, donc c’est bon signe.
As-tu des projets ou des évolutions souhaitées ?
Honnêtement, l’évolution que je souhaitais était d’être à l’année, pour avoir une stabilité professionnelle. Parce que jongler entre des contrats saisonniers n’est pas évident. L’Agglo l’a apporté en 2025.
Au sein du club, ce serait plus de résultats sportifs, maintenant que tout est bien mis en place. Chaque année, on espère faire mieux. L’an dernier, on avait 9 qualifiés au Championnat de France. Cette année, on en vise 13. Pour un club d’été, on a dépassé la barre des 100 adhérents, dont un dixième s’est qualifié aux Championnats de France ! et nous avons eu un champion de France !
Je ne travaille pas toute seul au sein du club. La difficulté que je rencontre c’est que, comme on est un club sur une piscine qui n’ouvre qu’en saison d’été, c’est difficile de pérenniser, d’avoir des jeunes entraineurs qui viennent travailler avec moi sur de longues périodes. Certains ne restent que deux ans : c’est donc dur de se projeter …
En ce moment, je suis en binôme avec un jeune arrivé l’an dernier seulement. Mais, avant ça, il est resté cinq ans MNS. On pense qu’on est bien et normalement, il devrait rester quelques années.
Quel rôle chacun de vous joue ?
Moi, en saison été, je suis à 42 heures sur le bassin en surveillance : ça ne me laisse pas énormément de temps pour l’entrainement car on ne doit pas dépasser un certain quota d’heures. Je suis lissée, donc ça me permet de jongler un peu.
Ce qui a été bien fait, c’est que le planning de la piscine de l’agglo libère toutes les matinées : elles sont consacrées aux cours, que ce soit de l’agglo ou du club. Le club englobe quand même plusieurs créneaux : tous les jours 3h30 lui sont réservées.
En juillet-août, on part sur une base de 15-16h par semaine à faire à deux pour le club, sans compter la compétition du week-end ou du mercredi. Et l’hiver, 3 heures par semaine. L’été, vu que je suis à 40 heures, je fais 2 matins par semaine et mon collègue qui est à 35 heures fait 3 matinées. Toutes les catégories ont plusieurs entraînements par semaine, et nous suivons chacun toutes les catégories. Cela permet peut-être aux pratiquants de trouver quelque chose chez moi, qu’ils ne vont pas trouver chez mon collègue.
Est-ce que tu aurais une petite anecdote à nous raconter sur la partie entraînement ? Ou ton meilleur souvenir ?
Honnêtement, le plus gratifiant dans notre métier, c’est quand l’enfant pleure à la première séance et que 10 ans après, il est au Championnat de France. Et j’en ai plus d’un ! L’an dernier, j’ai travaillé avec un jeune de 18 ans. J’ai retrouvé la photo : à 4 ans, je l’ai eu en cours, il a passé son BNSSA, et c’est devenu mon collègue. C’est chouette de les former, de leur donner envie, d’avant tout leur faire aimer l’eau. Pour moi, c’est une récompense. L’an dernier, sur les quatre jeunes BNSSA qui ont travaillé avec moi, j’en ai eu deux auxquels j’ai appris à nager à l’âge de 4 ans !
Dans l’autre sens, j’ai appris à nager à des jeunes, et aujourd’hui, ils m’amènent leur enfant. C’est chouette ! J’ai réussi à leur transmettre ce goût et eux, à leur tour, ils vont le faire. C’est ce que je trouve le plus gratifiant.
Rencontres-tu des jeunes qui hésitent à se lancer dans la voie de l’encadrement ?
Oui. Déjà, on n’est pas tous faits pour ça. Tu peux être très bon nageur et ne pas avoir l’envie de transmettre ou même les capacités de pouvoir enseigner à d’autres. Je ne vais pas mentir. Des jeunes de 15 ans peuvent être formés. À cet âge, on sent direct les profils qui sont faits pour ça ou pas. Mais notre but, ce n’est pas de dire « non, toi, je ne te vois pas dans ça ». On les accompagne. Et parfois, on a de belles surprises aussi.
As-tu déjà rencontré, en tant qu’encadrante, des difficultés de vestiaire ?
Forcément, c’est un sport où ils sont tous en maillot, donc, je ne vais pas mentir, on a déjà eu quelques histoires, des petits problèmes de moqueries. Après, justement, en général, quand il se passe des choses dans les vestiaires, c’est que tout va bien. (Rires)
Ce qu’on rencontre de plus en plus, c’est la difficulté, notamment pour les filles, de se mettre en maillot, l’image de soi chez les préadolescentes ou les adolescentes. Tu te mets plus ou moins à nu, ce n’est pas évident. À 13, 14, 15 ans, dans la société actuelle. Ça, on le ressent.
Lorsqu’on entend des moqueries entre pratiquants, nous avons un protocole à mettre en place en tant qu’encadrant. Nous sommes très sensibilisés à cela. Nous ne leur en parlons pas devant tout le monde, il faut leur parler un par un : c’est tout un cheminement. Le protocole a été envoyé par la Fédération. Nous sommes aussi en lien avec l’Education nationale, puisqu’on a beaucoup d’écoles. Il faut parler avec les deux personnes à part du groupe.
Tout à l’heure, tu évoquais le fait que tu voyais plus d’entraîneurs masculins sur les bords de bassin. Récemment, un rapport du Haut Conseil à l’Egalité sur la parité dans l’encadrement sportif a montré qu’il y a plus d’hommes dirigeants et encadrants, alors que le nombre de bénévoles est à 50% féminin. Selon toi, pourquoi, aujourd’hui, il y a si peu d’encadrantes féminines ?
Dans les deux endroits par lesquels je suis passée, 10 ans à Bayonne et 20 ans à Cambo, on a toujours essayé d’avoir un homme et une femme ou deux hommes et une femme. Donc, je ne l’ai pas vraiment vécu. Je le vois autour, dans le département, dans les autres clubs : il y a plus d’hommes. Il y a peut-être moins de candidates au diplôme ? Mais franchement, je ne sais pas pourquoi. Par contre, dans la pratique, il me semble qu’il y a plus de femmes que d’hommes en natation. Je me demande s’il n’y a pas plus de jeunes filles que de garçons.
J’ai fait les plages ; à l’époque, c’était un milieu macho. Surtout qu’il y a des tests physiques, qui sont assez compliqués. Mais cela évolue dans le bon sens.
Le club de Cambo m’avait proposé d’intégrer son bureau, il y a quelques années mais j’ai refusé. J’avais peur de ne pas être objective sur certains points et je ne voulais pas me rajouter une troisième casquette.
Honnêtement, les difficultés, vu le bureau actuel, je n’en ai pas parce que ça matche très bien, à merveille, donc c’est facile. Mais je me dis qu’un jour, si on n’était pas exactement dans les mêmes objectifs, dans la même ligne de conduite, je ne sais pas comment ça pourrait se passer. Le jour où, par exemple, ils veulent plus de créneaux et que moi j’ai d’autres directives, je ne peux pas accorder…
Pour terminer et faire un parallèle avec le rapport, le bureau du club de Cambo est paritaire : le président est un homme, secrétaire une femme, femme, homme, donc deux hommes, deux femmes. Par contre, en 22 ans, la seule présidente que j’ai connue, partait l’année de mon arrivée, elle passait le relais. Depuis 2004, je n’ai connu que des hommes présidents. Au sein du bureau, il y a toujours eu des femmes et des hommes.
Quels conseils donnerais-tu aux filles qui hésitent à se lancer ? En tant que nageuse, ou en tant qu’entraîneuse.
Il faut foncer ! parce qu’on crée notre propre parcours… On arrive à ce qu’on veut ! Il y a de plus en plus de femmes… Je pense que le plus important, c’est d’avoir l’envie, de transmettre, d’avoir cette pédagogie qui n’est pas donnée à tout le monde. Après l’image de soi, moi la première, je ne vais pas mentir, quand, à 18 ans ou 20 ans, je me suis retrouvée face à 20 personnes en aquagym… ce n’était pas évident. On apprend, on progresse, on prend confiance ! Je ne regrette pas.
On en discute avec les collègues, c’est souvent aussi l’équipe, l’humain. Nous y sommes tout le temps confrontés : adhérents, usagers, collègues. On peut très bien tomber sur une équipe 100% masculine et ça se passe à merveille. Et à 10 km, c’est différent. Pour moi, c’est plus la personnalité de chacun qui fait et il n’y a pas que des machos dans notre métier non plus.

